NUMERO 2.

 

 

 

 

Edito :

Ce numéro d'A2R revient sur la vie culturelle tunisienne, avec des images du festival Dream City, devenu un rendez-vous incontournable de l’automne. La Galerie Saladin, que nous avons déjà brièvement évoquée, sera également à l’honneur, avec une riche actualité du côté des expositions proposées. Et côté français, bien entendu, encore des rencontres, des portraits d’artistes et une ballade en notre compagnie aux portes ouvertes de Montreuil.


Mais ce numéro sera surtout l’occasion de revenir de manière approfondie sur le développement des bibliothèques et du livre numérique, des outils devenus incontournables pour tout chercheur aujourd’hui. Et puis le numérique, c’est aussi l’innovation, la créativité, et A2R sera là régulièrement pour débusquer toutes les tendances et les initiatives des éditeurs, des auteurs et des consommateurs de livre numérique.

 

 

 

Sécurité du site Web

Le cabinet d'amateur.

Plusieurs artistes des Frigos de Paris collaborent avec la galerie Le cabinet d’amateur. Nous avons voulu découvrir l’esprit de cette galerie et la nature de la collaboration existante entre cette dernière et les artistes qui occupent ce lieu caractéristique de la scène artistique parisienne. Plusieurs rendez-vous récurrents en sont à leur deuxième édition, notre équipe y a  assisté.

Figures libres (2) :

Il s’agit de l’exposition qui nous a permis de découvrir la galerie « Le cabinet de l’amateur ». C’est la deuxième édition d’une manifestation qui traduit la volonté d’un « Retour à la figuration, de l'art brut à l'expressionnisme contemporain ». Extrait du communiqué de presse de Figures libres (2).

 

 

 

Notre équipe a assisté au décrochage de cette exposition.

 

 

Small is beautiful (Two) :

Deux ans après la première édition qui a eu lieu en 2010, l’évènement est réitéré. Il s’agit d’un concept que nous trouvons intéressant, car il met l’art à la portée de (presque) toutes les bourses : « Artistes confirmés et nouveaux talents de la scène artistique se mettent à la portée des amateurs d’art et des collectionneurs en proposant des œuvres originales, réalisées spécialement pour cet événement ». Extrait du communiqué de presse de Small is beautiful (Two).

Parmi les artistes que nous avons rencontrés lors du décrochage de l’exposition Figure libre (2), il y a Pascal Magrat. L’artiste collabore fréquemment avec la galerie « Le cabinet de l’amateur ».

Nous avons sélectionné pour vous quelques uns des évènements qui se sont déroulés au sein de cette galerie.

 

« Haut-reliefs, bas-reliefs », JANVIER 2011 :

Cette exposition prolonge l’œuvre et l’univers de Pascal Margat. Ses peintures prennent du volume et sortent du cadre pour devenir des reliefs ayant la forme de signes, de lettres et de personnages.

Une autre exposition, en tandem cette fois-ci, reflète l’un des aspects qui font la griffe de la galerie « Le cabinet de l’amateur », tout en nous permettant de découvrir un autre artiste, Paul Martin. Ces deux artistes partagent plusieurs points communs, tel que l’utilisation des formes géométriques par exemple.

« […] Voilà pourquoi la juxtaposition de ces images m’a semblé être un bon prétexte d’exposition, qu’après New-York et Tokyo, le cabinet d’amateur prend grand plaisir à accueillir ».  Patrick Chaurin.

 

 

 

 

 

Vanités urbaines.

L’exposition Vanités urbaines présentée à la galerie « Le cabinet de l’amateur », nous à donné l’occasion de pénétrer dans l’univers de Fred Calmet, un plasticien au talent prometteur à ajouter à la liste des  artistes déjà découverts par A2R.

Fred Calmets.

 

Visite de l'atelier de Paella.

Nous avons rencontré Paella pour la première fois lors du décrochage de l’exposition Figure Libres 2. Nous lui avons rendu visite à son atelier où il nous a confié que sa collaboration avec le Cabinet de l’amateur était une collaboration ancienne et basée sur la confiance mutuelle. Nous vous invitons à découvrir ces quelques photos.

 

 

 

 

 

 

 

 

LE LIVRE ET LES BIBLIOTHEQUES NUMERIQUES.

Comment aborder la question des bibliothèques numériques sans commencer par Google?

Google incarne la troisième révolution industrielle, celle du numérique. Il a influé sur le secteur du livre et de l'édition, mais il a aussi déclenché un tollé mondial en se lançant dans la numérisation des livres. Des voix se sont élevées à travers l'europe pour dénoncer la mainmise de Google sur le patrimoine de plusieurs pays, plus de 10 millions de livres numérisés en 2009.

Livret visualisation de l'information.


Les bibliothèques numériques, Google, et les nouvelles technologies.

 

En 2011, Google, qui possède plus d'un million de titre disponible sur son site Google livres, tentait de mettre en place un partenariat avec la BNF. Ce partenariat, qui a finalement été signé, peut être qualifié de contre nature. En effet la BNF et surtout sa bibliothèque numérique Gallica, fut longtemps considérée comme l'un des plus grands bastions de la lutte contre l'hégémonie de Google. En 2005, Jean-Noël Jeanneney, alors président de la BNF, avait combattu avec virulence la firme américaine. Dans une tribune publiée par le Monde («Quand Google défie l'Europe»), puis dans un essai du même nom, il avait pris une position sans ambiguïté : il fallait numériser sans se compromettre avec Google.
Denis Bruckmann, le directeur adjoint et directeur des collections de la BNF, affirme dans un entretien accordé au quotidien économique que le coût élevé de la numérisation de la collection de la bibliothèque est la principale raison de ce rapprochement.
Cette polémique a suscité plusieurs réactions, la plus intéressante étant celle du ministre de la culture de l'époque, qui avait affirmé «sa volonté d'inscrire la numérisation du patrimoine culturel de l'Etat dans une stratégie globale».

La même année, L'Unesco a officiellement lancé la première bibliothèque numérique mondiale (BNM). L'ambition est de taille : permettre à tous d'accéder gratuitement via Internet aux merveilles des plus grandes bibliothèques du monde.

L'UNESCO a aussi concrétisé un projet ambitieux. Ce projet regroupe plus de 32 bibliothèques de 19 pays. Par ce projet l'UNESCO tente de résorber la fracture numérique.

Capture d'écran, 2010.
La Bibliothèque numérique mondiale (World Digital Library (WDL)) est le fruit  d’une collaboration entre l'UNESCO et la Bibliothèque du Congrès américain. Ce projet commun fut annoncé le 17 octobre 2007 et il est devenu opérationnel le 21 avril 2009.

Interrogé sur le sujet, James Billington affirme que ce projet «n'entre pas en compétition» avec des projets déjà existants comme Google Books Search ou encore Europeanna. « La vocation de l'Unesco est de soutenir ces initiatives à caractère patrimonial, contrairement à Google Books ou Europeanna qui misent plus sur la 'quantité' », expliquait au point.fr Abdelaziz Abid, coordinateur de l'Unesco pour la BNM. Contrairement à Google, la BNM propose des documents sonores , ce qui rapprocherait cette initiative de celle de la bibliothèque du congrès américain .

Capture d'écran, 2009.

Gallica : Il s'agit de la bibliothèque numérique de la BNF. La  première capture d'écran fut faite l'été 2009, au même moment que la polémique lancée par Google. Il s'agit d'un système de lecture standard. A gauche, les pages sont représentées par des liens.

Qu'il s'agisse de motivation financière, ou d'une quête de bibliothèque utopique, la question de la numérisation et de l'accès au patrimoine en particulier, et aux informations en général, est une question actuelle. Elle se pose aussi pour le contenu du Web : Que faut-il sauvegarder et que peut-t-on laisser disparaître ? La bibliothèque du congrès américain, la BNM et la BNF cherchent à favoriser l'apparition d'une culture universelle et accessible à tous.

Capture d'écran, 2009.
La bibliothèque municipale de Lyon (500 000 titres) et la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (100 000 titres) font partie des bibliothèques qui ont conclu des accords de numérisation avec Google.

Les expérimentations sur les bibliothèques numériques sont nombreuses et variées. D'un côté, la technologie et certaines lacunes conceptuelles contraignent les chercheurs s'intéressant au thème de la bibliothèque numérique à composer avec les limites des dispositifs d'affichage et celles du paradigme WIMP. De l'autre côté, les firmes développent de nouveaux supports ainsi que toute une panoplie d'innovations logicielles. Le marché de l'édition, déjà ébranlé par la crise, est-il prêt à muter ? Comment s'adaptera-t-il à ce nouvel ordre économique ? L'apparition des Smartphones et dernièrement de l' IPad accélérera-elle les recherches et les travaux déjà entamés sur le thème de la bibliothèque numérique ?

L’ABU est un rassemblement informel de professionnels et de particuliers dont la motivation est d’ « accroitre le corpus de textes diffusés librement sur internet et étudier les modalités de sa consultation via l’Internet ». La première version fût mise en ligne en octobre 1993. La version actuelle fût mise en ligne en 1996.


Dans un article publié suite à une conférence donnée au MIT, William J. Mitchelle, parle de nouveaux plaisirs introduits par 'le texte numérique'. William J. Mitchelle, en abordant le cas de « City of bits », se demande s'il faut créer une industrie du livre virtuel. "City of bits – un livre écrit par le conférencier- fût édité en deux versions. Ces deux versions furent lancées le même jour. Il s'agit d'un choix éditorial risqué. En effet, la version numérique, disponible gratuitement sur internet, peut faire chuter le nombre de ventes. Mais c'est l'effet contraire qui s'était produit. Plus de 2% des livres vendus furent commandés via le site contenant la version numérique. William J. Mitchelle attribue cette tendance inattendue à la valeur ajoutée (plaisirs nouveaux) introduite par la version numérique. Une relation de complémentarité s'est installée entre les deux supports. Aujourd'hui cette complémentarité est devenue courante, mais pas systématique chez les éditeurs. Une partie de la profession a en effet compris que le fait d'offrir un accès numérique aux acheteurs du livre papier était un argument commercial non négligeable.

Le livre numérique en 2012.

Aujourd'hui, chacun de nous à la possibilité de lire ses livres sur support numérique. Les propriétaires de liseuses, ou encore de smartphones ou de tablettes sont devenue une masse au pouvoir de consommation vital pour l'économie actuelle.
L'avantage majeur fourni par ce mode de lecture, outre le fait de pouvoir frimer dans le métro, c'est bien sur la capacité de stockage, ainsi que, malheureusement, le fait de pouvoir passer outre le droit d'auteur en téléchargeant des livres gratuitement.
Mais est-ce vraiment une menace ? Pour l'instant, l'exception culturelle française préservée notamment par la loi sur le prix unique du livre, nous a permis de garder un réseau de librairie et de lecteurs parmi les plus forts en Europe. Les lecteurs sur support numérique sont d'ailleurs pour la plupart de grands dévoreurs de livres papier, les deux modes de lecture pouvant cohabiter tout à fait harmonieusement. Aux Etats-Unis en revanche, les ventes sur support numérique ont déjà dépassé l'an dernier les ventes de livre papier. Ce qui prouve cependant que les lecteurs restent des acheteurs attachés aux notions de droit d'auteur.

Pour ma part je pense que le marché du livre en France a encore fort à faire pour apprivoiser ce nouveau marché foisonnant et, il est vrai, un peu inquiétant. Les éditeurs, qui devraient être à la pointe de l'innovation dans ce domaine, se contentent de proposer leurs nouveautés à 20 ou 30% moins cher que le prix du livre papier, sans chercher à faire des offres groupées (un livre papier acheté, la version numérique à un prix modique, par exemple). Mais surtout, ils négligent les immenses possibilités des nouvelles technologies, alors que leur principal objectif à l'heure actuelle devrait être de proposer sur le marché des livres spécifiquement conçus pour ces nouveaux supports de lecture. Des livres interactifs, donc, incluant des liens, de l'animation, pour transformer une lecture passive en une lecture active. Sans aller jusqu'à ces livres hybrides, pour l'instant exploitables uniquement sur ordinateurs ou tablettes, un nouveau mode de mise en page pourrait révolutionner les secteurs du livre illustré. Quelques éditeurs, cependant, commencent à prendre le train en marche, et ont des initiatives intéressantes. C'est le cas par exemple de l'éditeur Plon qui, en association avec Orange, prépare une version numérique interactive du livre de Roger Pol-Droit Petites expériences de philosophie entre amis. « Les blogueurs des sphères littéraire, philosophique, gastronomique, high tech seront sollicités pour faire partager leurs expériences de lecture — articles, galerie-photo, vidéos — sur le live blog Orange et sur leur blog personnel, et des liens avec les meilleurs contenus enrichiront la version numérique du livre».

Mais si les éditeurs de littérature commencent à tirer profit de ces nouveaux outils, c'est dans le domaine de la jeunesse que les innovations sont le plus débordantes. Il n'y a qu'à voir l'enthousiasme suscité au salon du livre de Montreuil en 2011 par le nouveau pôle numérique, dans lequel des tablettes étaient mises à disposition pour tester toutes les applications tirées d'albums jeunesses et développées par les éditeurs. Un nouveau prix a même été mis en place pour récompenser ces nouveaux explorateurs du numérique. Cette année encore le succès du pôle numérique ne s’est pas démenti, il est même devenu un grand facteur attractif et véritable vitrine pour les éditeurs innovant.

En résumé, un nouveau terrain de jeu illimité s'offre à tous les acteurs du livre, et se prête aux plus folles inventions.

La visualisation de l'information au service des bibliothèques numériques (cf livret).

Face au développement des libraires numériques telles que la Fnac, Amazon ou Virgin, les bibliothèques numériques doivent se moderniser et proposer des services appropriés aux chercheurs, qui ne trouveront pas leur compte sur ces librairies grand public. Pour se faire, une numérisation de masse, à l'oeuvre actuellement, est bien entendu la clé. Mais il ne faut pas non plus négliger l'aspect technologique et esthétique. Les recherches du CNAM et d'ACM -pour ne citer que ces deux exemples- dans le domaine de la visualisation de l'information permettront sous peu de créer de nouvelles bibliothèques numériques dont le contenu sera accessible immédiatement et de manière ludique et interactive. Une innovation majeur dans le processus même de numérisation devra également être envisagée, car pour l'instant la numérisation par scanner ne permet pas de naviquer de manière dynamique dans les textes mis à disposition, ce qui est un inconvénient majeur pour tout chercheur.

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Nouvelles culturelles de Tunisie.

Cette nouvelle rubrique composée de deux articles relatera des événements culturels et artistiques qui ont eu lieu en Tunisie. Le premier article présente la galerie Saladin, le second s’intéresse à l’événement Dream City.

 

Galerie Saladin.

Nous vous avons présenté la galerie Saladin lors d’un article consacré à l’exposition «Dhyefa » réalisée conjointement avec l’ATJC, en insistant notamment sur le rôle de mécène que veulent jouer cette galerie et cette association. Aujourd’hui nous revenons sur les expositions accueillies par la galerie Saladin.

Exposition Dhyefa.

Dream City.

L’Art Rue a organisé la 3ème édition de DREAM CITY, Biennale d’art contemporain qui se déroule dans l’espace public. L’événement a eu lieu à Tunis du 26 au 30 septembre et à Sfax du 5 au 7 octobre. Dream City est une manifestation culturelle, dont la première édition a eu lieu en 2008 et qui invite les artistes à prendre possession des rues des différentes villes tunisiennes. Dans un contexte tendu les artistes ne se sont pas découragés. Nous allons revenir sur cet événement à travers quelques initiatives d’artistes ou de collectifs.

 

 

« Dans le sillage du soulèvement populaire de janvier 2011 et face aux métamorphoses politiques engagées depuis, une thématique particulièrement symbolique dans la Tunisie d’aujourd’hui a été choisie pour DREAM CITY 2012 : L’artiste face aux libertés ». 

La programmation de cette édition invite une quarantaine d’artistes, dont une dizaine d’artistes étrangers.

 

Performance de Mouna Jemal Siala et Wadi M'hiri.
 

Performance de Mouna Jemal Siala et Wadi M'hiri.

« Dans le cadre de la 3ème édition de Dream City, Mouna Jemal Siala et Wadi M'hiri entrent en campagne en s'imposant sur les murs de la ville et sur la toile. Une campagne électorale fictive et artistique qui questionne l'identité, l'appartenance et la liberté de choix. Les artistes vous proposent de revivre un moment fort et vous donnent rendez-vous au bureau de vote pour participer à un rituel joyeusement détourné. Let's have a Dream ».

Performance de Mouna Jemal Siala et Wadi M'hiri.
 

Le Centre Des Arts Vivants De Radès.

Dans le cadre de l’événement Deam City le Centre Des Arts Vivants De Radès a organisé une exposition des travaux des élèves.

 

 

Pierre-Antoine Lusinchi.

 

-A2R : Chaque photo possède sa propre histoire, mais vous les avez quand même organisées en série. Pouvez-vous nous expliquer comment s'articule et se construit une série ?

-Pierre-Antoine Lusinchi : J'aime assez l'idée que chaque image soit un univers à elle seule, qu'elle porte en elle sa signification. Cependant elle peut adhérer à une pensée plus vaste comme, le chapitre d'un livre, voire le volume d'une encyclopédie pour certains photographes prolixes. J'aimerais une série avec des images très différentes et très fortes isolément où l'unité ne viendrait pas de l'esthétisme mais de la pensée sous-jacente.
Je tends vers ça avec Les miroirs du monde. 

- A l'occasion du dernier article vous nous avez dévoilé en partie votre démarche technique, pouvons-nous en  savoir un peu plus?

- Au départ est la surprise, la découverte, l'émerveillement.
Ma technique, si elle existe, pousse, se développe sous la contrainte de ces bébés affamés que sont les images. Elle est empirique et s'invente à chaque stade.

Déjà avant la prise de vue, la décision de faire ou non la photo est un aspect technique :

Comment traduire ce que je vois depuis un point précis, où un faible éclairage requiert l'installation délicate d'un trépied alors que le terrain ne s'y prête pas, et que l'image se devrait des faibles heures du matin pour exprimer la spontanéité d'un moment du réveil, avec la noblesse contradictoire de l'emploi d'une pose longue ?...

Il nous arrive à tous de prendre une photo et qu'elle soit surexposée. Elle est considérée alors généralement comme ratée.
Pourtant, là encore, le regard joue un rôle, l'éternel premier regard, celui de l'émerveillement et une technique peut naître à ce deuxième stade qui va influencer directement le premier :
Ainsi, je surexpose parfois volontairement une image au moment de la prise, sachant qu'il sera possible par la suite de créer, en allant chercher les « valeurs perdues » dans le fichier Raw, quelque chose de très graphique avec une certaine finesse de trait et des couleurs d'aquarelle. J'utilise ce procédé pour Springtime  ou encore Exercice spatiotemporel, ces images participant ausside la « multi-exposition ».
J'aime aussi beaucoup cette technique qui est un peu le fruit d'un accident également, mais historique celui-ci, de « l'ère argentique », quand le film patinait et que plusieurs images se superposaient sur la même pose.
De nombreux appareils numériques l'autorisent et elle fait partie du vocabulaire de l'image depuis longtemps déjà. Avec elle, la notion de composition fait une cure de jouvence en ce sens que le cadre n'est pas rempli d'emblée comme à l'accoutumée, et l'imagination doit anticiper la place de ce qui sera présent plus tard dans le viseur, à la seconde prise de vue, voire à la troisième...

Les séries Springtime et Spring horses l'utilisent.
Toujours en amont, l'emploi de vielles optiques en M42 peut donner un rendu tout à fait particulier, certains « cailloux » donnant une lumière très blanche ou l'impression d'une inclusion dans de l'ambre du sujet photographié. J'aime aussi aller chercher des teintes et des ambiances en faisant raisonner les calques entre eux dans Photoshop, en explorant différents modes de fusion dans une démarche créative et expérimentale.

 

- Comment envisagez-vous le rapport entre le texte et la photo ?

- Je pense qu'il existe déjà une première réponse dans le rapport qu'il peut y avoir entre une photo et son titre. Une tension peut déjà exister entre la beauté d'une image estampillée par la sobriété d'un numéro, dans une série qui elle-même serait nommée.
C'est une histoire de contraste, trouver un équilibre pour que le titre n'enferme pas le regardant, qu'il soit une piste mais d'où on puisse voir les étoiles...Ainsi dans la série Les miroirs du monde, le titre Third stone from the sun  est celui d'une chanson de Jimi Hendrix, poète visionnaire qui fait allusion à la Terre, « la troisième pierre depuis le Soleil ».
L'image possède, elle, un discours différent qui trouve un « éclairage contrastant » avec ce titre. La cathédrale de Chartres, prières pétrifiées, apparaissant dans les vielles pierres du mur d'une maison de sa ville, mur qui se confond, se crève de ciel dans les hauteurs du cadre. 
« La troisième pierre depuis le Soleil » où la matière s'observe elle-même, où grandit une autre forme de conscience. Du couple image-titre peut naître une deuxième signification. Mais peut-être une photo ou un texte sont-ils, avant tout, une pensée, un songe dans le réel.
Je me souviens d'une promenade jadis avec un ami photographe qui travaillait.

 

Je ne photographiais pas à l'époque, ou du moins à ma manière qui était de saisir des instantanés par l'écriture fixant les lieux en même temps que l'état d'âme sur du papier (la liberté !).
C'était littéralement images et texte marchant côte à côte...
Ces textes sont une mémoire, un album de photos-souvenirs et plein d'images jaillissent de chacun d'eux...
Ils sont une source d'inspiration pour le travail photographique en même temps qu'ils existent d'une façon autonome.
Il en est de même pour certaines images qui parlent, inspirent l'écriture.
Une série pourrait elle-même être envisagée comme un langage, un texte composé « d'image idéogrammes », d'hiéroglyphes complexes. De là à articuler quelques phrases entre celles-ci, textes et images réunis pour un nouveau sens, peut-être une démarche de plasticien, limitée physiquement aux deux dimensions...Faire une exposition, n'est-ce pas déjà aller au-delà d'une seule image qui se suffit à elle-même ? C'est une mise en espace, à trois dimensions. Il faut donc un lieu, un cadre...Imaginons d'exposer une seule photo qui se suffit à elle-même, dans un format de tirage préétabli...elle est très urbaine... avec en elle un RER de la région parisienne... Imaginons cette exposition en plein air à la campagne... dans un champ...L'image est accrochée à un arbre, le contraste s'amorce sur l'écorce et crée un second regard. Et maintenant, il se trouve qu'une vache semble la regarder de l'enclos à côté...

Sa signification a encore pris un nouveau tour avec peut-être une petite pointe d'humour, dialogue entre un petit cadre, moment prélevé, pellicule exposée, puis révélée au premier regard du photographe, puis révélée au public, résonnance avec le cadre plus grand, le lieu d'exposition, l'exposition de l'œuvre aux rétines complices ou réticentes, choquées ou émerveillées, interpellées, indifférentes...
Jeux de miroirs, infini !

Peut-être qu’un photographe qui expose est un plasticien qui s’ignore, un plasticien en puissance ?...
Peut-être est-il difficile d’échapper à une sorte d’hybridation quand on montre une image. Cette première hybridation qui est aussi la dernière, la plus belle ? Celle qui a lieu avec le regard du spectateur, son vécu, qui motive son interprétation,
                                            regarder est un art...

- Avez-vous d’autres points que vous aimeriez évoquer au sujet de votre pratique artistique ?

- Que la vie est peut-être un art.

 


 

Sophie Badens.

 

Sophie Badens est une photographe montreuilloise. Son parcours est riche d’expériences diverses : études de communication et de photographie, travail dans la mode, la presse et la publicité. L’œuvre artistique de Sophie Badens touche aux formes de l’intime, tout en s’éloignant du réalisme. Ses photographies traduisent une approche esthétique qui interroge le support, l’artiste a adopté le tirage sur plexiglas, mais aussi la matière photographique. Les tirages sur plexiglas, transparents, accentuent l’intimité et la légèreté. Sophie Badens travaille la pellicule et joue avec les teintes. Un univers doux et étrange, un monde où l’intime est rêvé et où le nu est sublimé.

 

 

Jean Pierre Delbouys, dans un texte intitulé « L’apostrophe muette », décrit ainsi l’œuvre de Sophie Badens :


« On peut se souvenir, à propos de l’exposition de Sophie Badens, du titre d’un ouvrage de François Jullien « Le nu impossible » et s’interroger sur ce que peut nous dire le nu dans le monde où nous vivons. On se trouverait alors, dans un glissement, dans un bruissement, dans le temps suspendu de l’ouverture d’un objectif, projeté au cœur des questions essentielles. Au cœur du seul réacteur contre lequel aucun traité ne peut rien faire ou défaire le réacteur intime ».

 

A2R- Lors de notre échange par mail vous m’aviez expliqué que votre travail ne s'inspire pas directement de celui de Nan Goldin et de Diane Arbus, mais qu’elles font parties des nombreuses influences et que je vous cite : «  […] j'admire beaucoup leur travail et j'ai toujours du mal à me poser dans la même lignée». Pouvons-nous revenir sur ce point ?

 

 

Sophie- Oui c’est vrai que j’ai cité Nan Goldin et Diane Arbus comme sources d’influence, mais je n’aime pas qu’on résume mon travail à ça. J’ai du mal à me positionner comme en directe ligne ou héritière de leur travails, ça ne se résume pas à ça. C’est vrai que j’ai cité les deux comme sources d’influences, mais c’était pour répondre à "la question" quels sont les photographes que vous aimez et qui m’avez donné envie de faire de la photo. C’est vrai que Nan Goldin a été un vrai déclic, j’étais encore jeune, j’étais encore à l’école de photographie et j’ai vu un diaporama représentant quelques un de ses travaux à la fondation Cartier. Il s’agissait d’un diaporama qui présentait une sélection de son travail qui s’étalait sur trois ans et où elle photographiait son intime, ses amis et son entourage. Elle a pu en photographiant sa vie, comme si elle tenait une sorte de journal intime, produire de belles phots et finalement intéresser le monde entier, et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’intime. Tout en photographiant notre intime on peut toucher quelque chose d’universel et c’est en ça que c’était un déclic.

A2R- Est-ce que vous pouvez nous donner des détails sur votre approche technique ? Les effets sur la pellicule ? Les teintes ? Le choix du plexiglas ? Que symbolise pour vous la transparence de ce matériau ?

 

 

Nan Goldin.

Sophie- Pour l’instant tout le travail qui est visible sur mon site est réalisé à l’aide d’un appareil photo argentique. Jusqu’à maintenant je voulais continuer l’argentique par ce que je n’arrivais pas à retrouver les mêmes sensations dans le numérique : la magie de l’attente, le travail de développement…

 

Par la suite je transforme mes photos en polaroïds et c’est là que j’ai recours au numérique, je les scans et après c’est la phase du tirage qui commence. 
Le choix de la transparence, s’explique par la volonté de ne pas rester dans la simple photo et de passer à une espèce d’objet ‘non-identifié’, enfin qu’on ne peut pas identifier comme une photo. La transparence n’est pas un hasard, elle renvoie à l’inconscient, le rêve, le souvenir, les choses fugaces qu’on ne métrise pas trop…La transparence ajoute aussi un côté pas figé à l’œuvre et lui donne sa propre vie au rythme de la lumière. L’espace entre le pelexiglas et le fond introduit une ombre portée et du volume. Mais d’un autre côté j'utilise le béton comme support, notamment pour Rosarium.  

A2R- Pourquoi le nu comme approche de l’intime ?

Sophie- Personnellement je n’ai pas l’impression ‘de faire du nu’ dans le sens académique du terme et je suis surprise quand des personnes me parle d’érotisme, pour moi je photographie des humains, des hommes et des femmes, des portraits…Mon travail s’intéresse aux personnes, à notre rapport à nous même ainsi que notre rapport à l’autre. Forcement ‘le Corps est tout de suite là’, il est notre premier vecteur. J’essaye de saisir les émotions des models à travers leur rapports à leur corps, j’essaye de capter ces instants où ils se livrent à l’autre, et notamment à moi.

 

 

A2R- L’exposition est différente des autres séries ? Est-ce qu’elle incarne un tournant dans votre démarche artistique ?

Sophie- Je pense qu’elle s’inscrit dans la continuité de mon travail. Généralement chaque série m’inspire pour la prochaine, chacune d’elles est une ramification des thèmes que j’explore dans ma démarche artistique.  

 

Tendances.

Rue des voleurs.
Kafichanta.
Marie Claude Debains.
Les Hivernales.
Jeune Création.
Sabrina Belkouja.
Les portes ouvertes des atelier d'artistes de Montreuil.

 

Rue des voleurs.

Mathias Enard.

 

Rue des voleurs est le roman à lire pour tout occidental à la recherche d’un point de vue différent sur les révolutions arabes. A travers les yeux de Lakhdar, un jeune marocain en errance, on découvre l’embrasement du Maghreb et de l’Europe sous un angle plus humain, et quelque peu désenchanté.

 

Chassé par sa famille après avoir fauté avec sa cousine, Lakhdar découvre la solitude, les tourments, avant de trouver refuge auprès du Cheikh Nouredine et de devenir le libraire officiel d’un groupe islamiste aux actions troubles. Embrigadé plus par opportunisme que par réelle conviction, il continue de reluquer les filles et boire des bières avec son ami Bassam, tout en vendant des livres religieux, prônant une foi extrême. On découvre ainsi la fébrilité de ces islamistes marocains, scotchés devant les images de révolte en Tunisie puis en Egypte et en Syrie.

Le mouvement s’accélère, Lakhdar est de plus en plus dépassé par la violence qui nait sous ses yeux. Son ami Bassam est-il à l’origine de cet attentat à Marrakech ? Est-ce lui qui a tué un étudiant à coup de sabre dans ce café à Tanger ? Et surtout qu’en est-il de ses propres convictions, de sa foi, de sa lâcheté ? En assistant au lynchage d’un bouquiniste qui le fournissait régulièrement en livres policiers français, Lakhdar se perd lui-même : sans famille, sans amis, à l’exception de cette étudiante espagnole rencontrée par hasard, il fuit ses démons. La mort, la violence sont omniprésentes dans ses cauchemars et dans la rue, tout autour de lui. Il cherche refuge dans ses lectures, dans sa relation amoureuse naissante avec Judit l’étudiante espagnole qu’il retrouve à Barcelone, mais là encore la violence le poursuit, avec la révolte des indignés.

 

 

Ce récit à la lisière entre le roman d’apprentissage et le reportage journalistique nous fait revivre des événements qui font partie de notre passé proche, nous hante encore, et dont les répercussions n’ont toujours pas fini d’éclore. Avec une grande finesse on aborde à la fois la crise européenne, le sort des immigrés, et la fin du printemps arabe, dont l’odeur de Jasmin s’est transformée en un goût amer. Mais c’est surtout la désillusion de la jeunesse d’aujourd’hui qui pointe dans ces pages. Un sentiment d’échec, d’impasse, qui suscite des gestes de révolte extrême.

Paru aux éditions Actes Sud en septembre, Rue des voleurs fait partie de la sélection pour le prix Goncourt

 

 

Kafichanta.

Kafichanta, un café chantant comme il n’en existe qu’en Tunisie, est devenu un acteur incontournable de la culture tunisienne, en créant une société de production de concerts et d’évènements musicaux. « Kafichanta veut devenir le label qualitatif et festif de la musique tunisienne ». 

 

Cette société de production a pris comme forme juridique celle d’une association de « bienfaiteurs » menée par Bendir Man « pour le développement de la musique en Tunisie, et l’émergence de nouveaux talents ». A la fois mécène, producteur et dénicheur de talent, Kafichanta a fait le buzz et a occupé le terrain durant tout cet été. Nous avons voulu revenir sur cette initiative.

 

Bendir Man, un artiste à l’univers fantasque et nourri de BD a créé pour son personnage tout un pays, dont le mauve est l’unique couleur. La satire n’est pas loin… Très tôt, les titres enregistrés dans la clandestinité sont relayés sur internet via les réseaux sociaux, et passent en revue sur le mode de la dérision, pour l’essentiel, les failles de la société tunisienne en mal de liberté et de justice. Bendir Man est un artiste engagé qui revendique l’influence de la chanson francophone et reggae, tout en s’attachant à promouvoir les musiques typiquement tunisiennes.

 

 

 « SI LEMHAF est un projet musical et visuel tunisien créé en 2009 par Mehdi et Mondher ». Leur univers est fait de fiction et de musique dont le personnage ‘SI LEMHAF’ est la mascotte. ‘SI LEMHAF’ signifie Monsieur "Smart", "astucieux". Leurs vidéos d'animation ont rendu Mehdi et Mondher très populaires auprès de leur web fan base.

 

 

Sabrina Belkhouja.

Notre équipe veut vous présenter Sabrina Belkouja, photographe tunisienne indépendante et propriétaire de l'agence "SELECT" Audiovisuel. Photographe mais aussi pianiste et chorégraphe, Sabrina Belkhouja baigne dans le milieu de l’art depuis sa naissance, fille d’un père musicien, photographe et d’une mère photographe, qu’elle a suivi de près, c’est avec passion, curiosité et appétit qu’elle explore le monde en partageant ses créations.

 

© Sabrina Belkhouja.

 

© Sabrina Belkhouja.

Cette artiste engagée primée dans plusieurs concours internationaux fut lauréate de l’édition 2012 du concours "Art takes time square" d'Artists Wanted. Son travail a été affiché sur un écran LED à Broadway puis édité. Elle a également été Lauréate de l’édition 2011 du concours international «Metro Photo Challenge» pour Global Photo of the Day et sa photo a été éditée dans plus de 100 villes dans le monde. Cette même année elle fut Lauréate du concours «UNICEF MENA» Photo Award, Moyen Orient et Afrique du Nord.

 

Les portes ouvertes des atelier d'artistes de Montreuil.

Nous avons consacré un article à cette manifestation l'année dernière. Notre équipe a participé à cette manifestation. Nous vous invitons à visionner ces photos reflet de l'ambiance de cet évènement.

 

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Jeune Création.

 

 

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Les Hivernales de Montreuil.


A2R a assisté au vernissage de cette manifestation qui a eu lieu à Montreuil. Nous avons aussi eu la chance d'assister à la performance de Gilles Ouaki.

 

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L’édition jeunesse et la tentation du numérique.

Le salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil a une fois de plus permis la révélation de nouveaux talents numériques. La pépite de la meilleure application numérique a été cette année remise à l’adaptation d’un livre d’Olivier Douzou aux éditions du Rouergue : Fourmi. Outre une histoire toute simple et rigolote pour les enfants, l’application Ipad a bien entendu développé l’aspect ludique avec la possibilité pour les enfants de jouer avec des éléments très simples : un ours blanc, une, deux, ou une multitude de fourmis, et bien sûr une infinité d’histoires à inventer. Olivier Douzou nous raconte son incursion dans le numérique.

A découvrir également la toute nouvelle maison d’édition spécialisée dans les livres numériques et les applications : e-toiles. Avec l’application « Dans mon rêve » elle remet le cadavre exquis au goût du jour avec un magnifique conte à composer soi-même raconté par Tom Novembre. C’est à l’enfant de combiner des éléments visuels et textuels pour se raconter ses propres histoires. L’application « Ma poire », elle aussi basée sur le principe du cadavre exquis mais qui s’adresse cette fois aux plus petits, joue sur notre instinct de créateur. Qui peut résister à la tentation de faire naître sous ses doigts un être absolument unique, un animal onirique, et de décliner ainsi toute une galerie de portraits farfelus et attachants ? E-toiles éditions est donc une maison d’édition à suivre, en espérant qu’elle incite beaucoup d’autres éditeurs à se lancer dans la conquête du numérique, avec d’aussi belles idées. Et ce message ne s’adresse pas qu’aux éditeurs jeunesse, loin  de là !